Entre les pro-OGM et les anti-OGM, il est difficile de faire la part des choses. Nous allons essayer de faire le point sur les principaux problèmes et les menaces qui pèsent sur notre organisme.
Le fragment d'ADN étranger introduit dans un OGM ne présente aucun risque pour la santé. Il est ingéré comme des millions de gènes d'une feuille de salade ou d'un morceau de jambon. Il sera dégradé comme eux dans l'appareil digestif. Par contre, le fragment d'ADN va servir à fabriquer une protéine étrangère dont les effets peuvent être plus ou moins nocifs.
L'évaluation de la sécurité des produits alimentaires contenant des OGM ou issus d'OGM repose sur des principes fixés dés le début des années 1980 par l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE), la FAO (Food and Agriculture Organization ) et l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et est assurée en France par l'AFSSA.
Si le transgène code un allergène connu, la plante génétiquement modifiée obtenue produira très probablement la protéine avec son caractère allergène. Ainsi, par exemple dans la transplantation d’un gène de la noix du Brésil dans le génome d’un soja destiné au fourrage améliorant la teneur en acides aminés soufrés, il s’est avéré que la protéine codée était connue comme un allergène majeur pour l’Homme. Le soja transgénique obtenu s'est révélé très allergène, sa création s’est arrêtée au stade du laboratoire. Ce résultat tend à montrer qu’une protéine allergène produite par une espèce peut conserver ses propriétés d’allergénicité lorsqu'elle est produite par une autre espèce. Ceci peut être dangereux pour le consommateur. En absence d'information, il ne suspecte pas la présence de cette protéine allergène dans la plante transgénique et ne s'en méfie pas.
Si la modification génétique est bien caractérisée, on peut penser que seuls la protéine d'intérêt et le produit d'un éventuel gène marqueur seront exprimés et devront être évalués pour leur allergénicité. Cependant, l'insertion du transgène dans le génome d'une plante n'est pas contrôlée et peut donner lieu par des interactions avec le fonctionnement d'autres gènes, à la surexpression d'allergènes de la plante, sous leur forme naturelle ou sous une forme modifiée.
Ainsi la même étude sur le soja dans lequel on a intégré le gène de la noix du Brésil avait également montré qu’une modification du métabolisme conduisait à l’accumulation d’un allergène mineur quasi inexistant dans la noix du Brésil (Gallais & Ricroch, 2006). C'est donc l'allergénicité des protéines étrangères exprimées mais également l'OGM dans son entier, ou les produits qui en sont dérivés, qu'il faut évaluer.
Lorsqu'il n'existe aucun élément clinique ou historique permettant de suspecter une quelconque allergénicité, l’évaluation de leur éventuelle allergénicité fait appel à des méthodes indirectes notamment de comparaison de caractéristiques avec les allergènes connus, dont aucune ne permet d’éliminer le risque (Moneret-Vautrin, 2006).
De façon indépendante du développement des plantes transgéniques, les allergies d’origine alimentaire sont en progression. Le caractère allergène dépend des protéines et des personnes, et est encore difficile à prédire. Il n’existe pas de caractéristique induite par le génie génétique qui rendrait une protéine transgénique intrinsèquement plus allergéne que son homologue naturelle.
Les allergies alimentaires ne doivent pas être la seule inquiétude des personnes allergiques. Les PGM émettent des pollens qui sont susceptibles de provoquer des allergies respiratoires qu'il faut aussi prendre en compte.
Une option des biotechnologies est la création de plantes hypoallergéniques : des essais sont en cours concernant un riz et un soja rendus hypoallergéniques par la répression des allergènes, ou la production d’arachide rendue hypoallergénique par l’inhibition du gène responsable de la production de l’allergène majeur, aujourd’hui bien connu (Moneret-Vautrin, 2006).
Le risque de toxicité peut résulter de la synthèse d’une protéine ayant des effets toxiques:
Il faut ainsi être vigilant avec les plantes comme la tomate ou la pomme de terre : elles produisent des toxiques en conditions normales qui ne s’accumulent pas en quantités importantes.
Chaque exemple est à analyser au cas par cas :
Dans le cas des plantes Roundup Ready®, la dégradation du glyphosate produit un acide qui est très peu dégradé et qui peut s’accumuler dans les lipides de la plante. Cet acide n’est toutefois pas toxique pour le rat et l’homme (Gallais & Ricroch, 2006). Il faut donc s’assurer que l’herbicide et ses dérivés ne sont pas accumulés dans les organes de la plante consommés, ou s’ils le sont, de leur non toxicité.
Le problème se pose de la même manière pour les cultures non OGM et pour tout herbicide sélectif utilisé en lutte chimique. Il convient donc de s’interroger sur la similarité de la conduite des études préliminaires à la mise sur le marché.
En ce qui concerne la toxine Bt toutes les études montrent l'absence d’effet toxique (Gallais & Ricroch, 2006).
Le grain de maïs est couramment contaminé par des champignons microscopiques. L’importance de cette contamination est corrélée, non seulement aux influences climatiques mais surtout à la sévérité des agressions par les insectes ravageurs (Dowd P.F., 1995; Munkvold & al., 1997; Sobek E.A. & al., 1999). Chaque mycotoxine entraîne un certain nombre de maladies chez les animaux domestiques. Leur niveau de toxicité n'a pas été déterminé. On a ainsi obtenu une diminution de la contamination du grain par les fumonisines dues au Fusarium, champignon dont le développement est favorisé par les dégâts provoqués par la larve de la pyrale (Brake & al., 1998; Munkvold & al., 1999).
L’introduction de variétés de maïs Bt permet donc de diminuer dans de nombreuses situations la contamination en mycotoxines consécutive aux attaques d’insectes sur la plante et le grain de maïs. Ceci devrait avoir une incidence sur la santé des animaux d’élevage auxquels est destinée en priorité la production de maïs-grain et, donc, sur la qualité des produits consommés par l’homme. Mais cela reste difficile à montrer pour le moment (AFSSA, 2004).
Le transgène d’intérêt n’est, en général, pas le seul à être intégré dans un OGM. On utilise un gène marqueur, permettant de repérer les cellules végétales modifiées (nécessaire car le rendement de la transgénèse est très faible : une cellule transformée pour un million de cellules traitées).
Les premiers gènes marqueurs utilisés ont été des gènes conférant une résistance à un antibiotique. lequel est utilisé lors de la multiplication du transgène, pour sélectionner les bactéries l’ayant intégré. Le maïs Bt contenait par exemple le gène de résistance à l’ampicilline. Se posait alors la question de savoir si ce gène pouvait se transmettre à une bactérie de la panse d’un ruminant (qui consomme les feuilles dans lesquelles s'exprime la protéine) et provoquer l’apparition d’une résistance à cet antibiotique.
Face à cette hypothèse d’un possible transfert de gène à des bactéries intestinales, les travaux se poursuivent pour trouver des alternatives : utilisation d’autres gènes marqueurs, comme celui induisant l’expression d’une protéine fluorescente, ou l’obtention de la suppression de ce gène marqueur dans la plante ou la partie de plante mature entrant dans l’alimentation (Moneret-Vautrin A.D., 2006).
Concernant les questions d’ordre sanitaire des biotechnologies, aucune étude ne fait de consensus sur un risque important des biotechnologies. Pour autant, des études contradictoires sur les effets d’aliments OGM sur des animaux, bien que non formellement négatifs, font l’objet de polémiques et tendent à réaffirmer une nécessaire prudence.
Ainsi Seralini (2008) montre l’insuffisance globale des tests ayant servi aux autorisations qui se contentent de nourrir le plus généralement une seule espèce, des rats, durant trois mois avec des OGM, alors que ce sont des durées de deux ans qui classiquement révèlent des maladies à long terme (cancers, maladies nerveuses, immunitaires, hormonales, de la reproduction…), et qu’au moins trois espèces de mammifères sont testées pendant trois mois pour les pesticides ou les médicaments : Interview du Pr Séralini sur les tests sanitaires des OGM produite par un site anti-OGM.
Certains déplorent également la difficulté d’accès aux données des études effectuées par les firmes semencières, qui ne sont pas diffusées pour des raisons de secret industriel. De même les études concluant à l’absence de risques sanitaires liés aux plantes transgéniques ne décrivent pas le protocole des tests effectués.
Les méthodes d’évaluation devraient être réalisées dans les mêmes circonstances que pour les autres aliments
Bibliographie:
AFSSA, 2004. OGM et alimentation : peut-on identifier et évaluer des bénéfices pour la santé ? Étude au travers de 4 exemples : les plantes résistantes à des insectes, la betterave tolérante au glyphosate, l'enrichissement en vitamine A : cas du riz doré, des microorganismes génétiquement modifiés. Maisons Alfort AFSSA ; disponible sur www.afssa.fr/Documents/BIOT-Ra-BeneficesOGM.pdf. 67p.
Brake J., Vlachos P., 1998. Evaluation of transgenic Event 176 "Bt" corn in broiler chickens. Poultry Science 77, 648-653.
Dowd P.F., 1995. Sap beetles and mycotoxins in maize. Food Addit. Contam. 12, 497-508.
Gallais A., Ricroch A., 2006. Plantes transgéniques : faits et enjeux. Edition Quae. 284p.
Hamond & al., 2006. Results of a 90-day safety assurance study with rats fed grain from corn rootworm-protected corn Food and chemical toxicology.
Moneret-Vautrin A.D., 2006. Les plantes transgéniques (OGM végétaux) : connaissances et inconnues sur les risques d’allergénicité… Revue française d’allergologie et d’immunologie clinique 46, 85–91.
Munkvold G.P., Desjardins A.E., 1997. Fumonisins in maize: can we reduce their occurrence? Plant Dis. 81, 556-565.
Munkvold P., Hellmich R.L., 1999. Comparison of fumonisin concentration in kernels of transgenic Bt maize hybrids and non transgenic hybrids. Plant Dis. 83, 130-138.
Seralini G.E., Cellier D., Spiroux de Vendomois J., 2007. New analysis of a rat feeding study with a genetically modified maize reveals signs of hepatorenal toxicity. Arch.Environ. Contam. Toxicol. 52, 596-602.
Seralini G.E., 2008. Criticisms and improvements of strategies for the safety assessment of gm plant derived foods or feed : answer to EFSA Draft report on Animal feeding trials with GMOs ; CRII GEN Paris ; p8. Disponible sur www.accedit.com/articles_fiche_gen.php?id=126.
Sobek E.A., Munkvold G.P., 1999. European corn borer.larvae as vectors of Fusarium moniliforme, causing kernel rot and symptomless infection of maize kernels. J. Econ. Entomol. 92, 503-509.
Sites internet: